Call of Duty: Black Ops 7: la licence qui avance en arrière

La sortie annuelle de Call of Duty est devenue un rituel presque mécanique, une cadence qui ne laisse guère de place à la surprise. La licence d’Activision, pilier du FPS grand public depuis plus de deux décennies, a souvent été critiquée pour son immobilisme, mais elle avait su, à plusieurs reprises, déjouer le scepticisme en proposant des expériences marquantes. La série Black Ops, notamment, a longtemps incarné cette capacité d’innovation. Mêlant espionnage psychologique, narration éclatée et atmosphère paranoïaque, elle avait marqué durablement le paysage vidéoludique. Mais Call of Duty Black Ops 7, censé ramener la franchise à son âge d’or, échoue presque à tous les niveaux. Le titre, pourtant chargé d’héritage, manque d’audace, d’énergie, et surtout d’une vision. Il s’agit d’un épisode qui démontre que la machine tourne encore, mais péniblement, et loin de sa gloire passée.

Une campagne qui s’étouffe sous son propre poids

Pendant longtemps, les campagnes Black Ops ont été l’un des principaux arguments de vente de la série. Leur écriture, parfois maladroite mais inventive, les situait à mi-chemin entre thriller d’espionnage et cauchemar psychologique. BO7 tente de reprendre cette recette, mais sans inspiration ni conviction. Le scénario semble cousu de morceaux déjà vus. Conflits géopolitiques caricaturaux, agents doubles stéréotypés, opérations secrètes sans surprise : tout est prévisible. Les dialogues sont truffés de platitudes, et l’intrigue défile sans jamais captiver. On devine trop facilement les retournements, on anticipe les révélations, et rien ne parvient à surprendre. Même les thématiques propres à Black Ops — manipulation mentale, zones grises morales, paranoïa institutionnelle, paraissent ici plaquées, presque artificielles. Elles ne servent ni la narration ni le rythme : elles existent juste parce qu’un Black Ops est censé les avoir. Là où la série brillait autrefois par ses transitions fluides entre cinématiques et gameplay, BO7 semble figé dans une époque révolue. Les scènes pré-calculées manquent d’âme et s’enchaînent de manière rigide. Les visages manquent d’expressivité, les animations paraissent répétitives, et certains moments censés être spectaculaires tombent complètement à plat. Les missions alternent entre couloirs étriqués et arènes ouvertes génériques. Rien n’est mal fait, mais rien n’est mémorable. Les développeurs avaient promis un retour à des mécaniques inspirées de Black Ops Cold War, notamment des séquences d’enquête destinées à apporter un semblant d’interaction. Malheureusement, ce qui devait offrir une respiration se révèle être une perte de temps : puzzles basiques, indices inutiles, décisions sans impact réel.

Un multijoueur figé dans le passé

Le multijoueur reste la colonne vertébrale de la franchise, mais Black Ops 7 peine à convaincre. Le level design semble sans direction artistique claire.Certaines cartes reprennent des environnements déjà connus, tandis que d’autres manquent d’équilibre. Les lignes de tir favorisent le camping, les spawn points sont aberrants, et l’ensemble manque de variété. Les sensations de tir sont étonnamment plates. Le recul paraît artificiel, les sons manquent de profondeur, et les armes donnent l’impression d’être des variations du même modèle. Le manque de personnalité est flagrant. Le TTK est mal calibré, certaines armes tuent trop vite, d’autres semblent inefficaces. Le matchmaking n’arrange rien, oscillant entre parties trop faciles et affrontements ingérables. Le chaos domine mais pas dans le bon sens. Ajoutez à cela des problèmes de latence, des désynchronisations et des tirs non enregistrés. Ici, on retrouve absolument tout ce qu’il y a de pire pour un FPS multijoueur qui se veut nerveux. Ajoutons à cela que rien n’est fait pour endiguer les problèmes de cheat, qu’ils soient software ou harware, notamment avec le Cronus, véritable aimbot ambulant, utilisé par des joueurs sans talent cherchant à briller le temps d’un match. Certes, cela touche principalement les joueurs console, mais côté PC, il est impossible de désactiver le cross-platform. Cela crée un environnement dans lequel on ne prend aucun plaisir à jouer.

Le mode Zombies : une ombre de lui-même

Le mode Zombies, autrefois laboratoire créatif de la série, déçoit lui aussi. Vaste mais sans cohérence, la carte semble assemblée à partir d’éléments génériques. Rien n’est marquant, rien n’est mémorable. Les ennemis manquent d’originalité. Peu de variantes, aucun antagoniste marquant, aucune nouvelle mécanique d’horreur. La tension disparaît. Les Easter Eggs, autrefois complexes, deviennent ici trop simples et linéaires. On les complète sans émotion, sans curiosité.En plus des problèmes cités précédemment, on retrouve une boutique omniprésente, un passe de combat envahissant et des bundles premium hors de prix, la monétisation prend beaucoup trop de place. Les menus paraissent davantage orientés vers la boutique que vers les modes de jeu.

Mon avis

Call of Duty: Black Ops 7 est un échec total. Un jeu autrefois reconnu pour ses campagnes plutôt bien ficelées, avec une véritable identité dans son écriture, propose ici une campagne vide de sens, sans rythme, incapable de générer la moindre émotion ou réaction. Le multijoueur, sans personnalité, oscille entre cartes recyclées, armes mal équilibrées et rythme mal géré, voire pas géré du tout. Le jeu impose un rythme ultra intense sur des cartes pas plus grandes que d’habitude, ce qui ne laisse aucun moment de pause ni instant où l’on ne croise personne, donnant presque l’impression de jouer sous crack contre d’autres joueurs dans le même état. En ajoutant à cela des problèmes de serveurs, on obtient ce qui se fait de pire dans l’industrie du jeu vidéo. Pour couronner le tout, le mode Zombies manque cruellement d’audace, avec un level design relégué au second plan, rappelant un mode Transit déguisé où chaque élément a déjà été vu et revu depuis des années. L’ensemble est parasité par une monétisation lourde. On tient probablement le pire jeu de la licence, et sans doute le pire de 2025. J’avais de grands espoirs avec le rachat d’Activision par Microsoft, pensant que les défauts de cette entreprise seraient enfin corrigés, qu’on n’aurait plus ce sentiment qu’un jeu existe uniquement pour générer du profit, mais aussi pour créer quelque chose de marquant. Au final, Microsoft n’a fait qu’accentuer la politique menée par Activision, exploitant la licence au maximum avec une vision non pas tournée vers le moyen ou le long terme, mais vers un ultra court terme, au risque de faire sombrer la licence dans l’oubli et l’indifférence du public. Et que dire du prix auquel ce Call of Duty est vendu. 80 € pour un jeu à la direction artistique aléatoire et au cruel manque de nouveauté ? C’est beaucoup trop. Je terminerai avec ce petit message d’amour à Microsoft.

Go fuck yourself with your shit game.